Kinshasa - RD Congo 27/05/2019:

ECONOMIE. Les chiffres alarmants du chômage en RDC interpellent le Gouvernement

Malgré l’embellie observée depuis une dizaine d’années dans le secteur des investissements et les efforts du Gouvernement Matata pour améliorer un tant soit peu le social des Congolais, les chiffres du chômage équivalent à près de 65% de la population en RDC demeurent alarmants.

Le défi est tel que le gouvernement devrait se doter d’une politique d’emploi claire à même de résorber le chômage renforcé par l’arrivée chaque année de plus de 9000 jeunes diplômés formés dans les universités et instituts supérieurs congolais. Cette grande force productive devrait être orientée vers l’émergence d’ici 2030. Pour absorber cette demande d’emplois neufs, le Congo, selon les experts de la Banque mondiale, devrait créer 2 à 4 millions d’emplois chaque année. Ce qui suppose une politique ambitieuse pour soutenir ce rythme de création d’emploi et assurer la sécurité des travailleurs congolais victimes des mauvais traitements de la part des investisseurs asiatiques.

Entre les paroles et les actes, le fossé malheureusement reste grand au point de rendre nuls les efforts du gouvernement pour redresser ce secteur stratégique pour la reconstruction nationale. Le rythme de création de nouveaux emplois demeure faible par rapport à la montée du chômage surtout parmi les jeunes.

MOBILISATION DE LA MAIN D’ŒUVRE

Ce challenge nécessite une vaste mobilisation de la force active dont le pays dispose mais également de se tourner vers les pays étrangers qui disposent des spécialités qui font défaut à la RDC, notamment dans les nouvelles technologies qui font à peine leur entrée sur la scène congolaise. Cette expérience a été vécue en Afrique du Sud pendant et après l’apartheid avec des milliers d’ingénieurs et des médecins congolais et cubains qui sont allés prêter main forte à un système sanitaire privé de personnel local qualifié. Actuellement, le pays de Jacob Zuma commence à remonter la pente en grande partie grâce à l’arrivée des nationaux mais cela après plus d’un demi-siècle d’assistance.

Le Congo n’échappe pas à ce cycle vue l’étendue de son territoire mais surtout les défis immenses de l’aménagement de son territoire et du déploiement des activités à caractère industriel. En effet, le pays a besoin de la main d’œuvre qualifiée sortie non seulement des universités et instituts supérieurs mais également des écoles professionnelles où ils peuvent apprendre des métiers tels que la mécanique, la maçonnerie, la peinture… Des filières qui souffrent actuellement faute de personnel qualifié et disponible.

RARETÉ DE MAIN D’ŒUVRE QUALIFIÉE

En effet, c’est une aubaine de nos jours de mobiliser 100 chauffeurs qualifiés ou 300 maçons pour un chantier de construction. Un chef d’entreprise automobile nous a, dernièrement, confié sa peine de trouver 30 bons chauffeurs pour convoyer ses véhicules du port de Matadi à la ville de Kinshasa. Même s’il en trouve, il recense de nombreux cas d’accidents sur la route à cause de l’inexpérience de la plupart de chauffeurs. Et ceux qui sont expérimentés, il les entretient jalousement de peur de les perdre.

L’inauguration au mois de février par le Chef de l’Etat des installations modernes de l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) avec le financement du Japon est un point à l’actif du Gouvernement qui tient à booster l’apprentissage des métiers en milieu des jeunes où l’on retrouve un taux en hausse de criminalité. Mais, ce type d’infrastructures mérite d’être multiplié par cent pour répondre aux besoins des jeunes des coins reculés du pays.

En effet, faute d’occupation, les jeunes de l’arrière-pays sont obligés de gagner les centres urbains abandonnant les activités champêtres ou d’extraction minière. Dans les centres urbains malheureusement, certains se laissent emballer dans des bandes de criminels entretenant ainsi l’insécurité et empêchant les investisseurs potentiels à venir installer leurs affaires en RDC malgré ses énormes potentialités (climat, eau, minerais…) et opportunités (70 millions de consommateurs, pays entouré de neufs Etats…).

TAUX DE CHOMAGE

Le taux de chômage ne peut également baisser rapidement que si tous les acteurs de la scène économique acceptent de voir les choses dans la même direction. En effet, la notion de chômage est intrinsèquement liée à l’idée de salariat, c’est-à-dire d’un contrat entre un travailleur et un employeur.

Le chômeur est l’individu de 15 ans ou plus qui souhaite vendre sa force de travail mais ne trouve pas preneur aux conditions qu’il exige. Cette réalité est visible dans les pays européens où les emplois disponibles sont bien encadrés. Mais, en RDC, c’est à peine que des offres commencent à être rendues publiques dans les médias, offrant ainsi le choix au demandeur d’emploi potentiel.

Le Bureau International du Travail (BIT) définit donc le chômeur comme celui qui est sans travail, disponible pour travailler et recherche activement un emploi, ou en a trouvé un qui commence ultérieurement.

Au Congo, faute d’une politique d’emploi bien menée, les chômeurs se réfugient dans l’informel, les groupes armés et le banditisme.
On comprend la multiplicité de groupes armés qui pullulent à l’Est de la RDC mais également la montée du phénomène de banditisme urbain qui prend de l’ampleur au point d’invoquer des opérations musclées « Opérations sukola I et II » pour nettoyer les cités de cette gangrène.

Dans le processus de création des emplois, le Gouvernement a longtemps misé sa politique sur le secteur de l’extraction minière mais qui s’est révélé peu promoteur des emplois nouveaux. Face à la lenteur de la relance de l’industrie manufacturière, les yeux sont désormais vers le secteur agricole avec le lancement des grands projets agro-pastoraux comme Daipn et Bukanga-Lonzo. La création dans les mois qui viennent du marché international des produits agricoles à Maluku va apporter un plus aux efforts des agriculteurs du Bandundu dotés d’un lieu d’évacuation sûr vers les marchés internationaux.

AGRICULTURE ARTISANALE

L’agriculture, on le sait, occupe 80% de la population active de la RDC mais elle est jusque-là pratiquée de manière artisanale avec des rendements faibles sur un sol pourtant très fertile  pour développer les contrées de production et sans moyens de communication moderne.

La reconstruction des routes à travers le pays répond donc à ce souci de désenclaver la majorité de la population enfermée dans des territoires riches en produits agricoles mais dépourvus de voies d’évacuation vers les centres urbains.

En parallèle au secteur agricole, les petites et moyennes entreprises dans tous les secteurs de la vie économique méritent d’être créées grâce à des financements publics et privés en faveur des jeunes entrepreneurs porteurs de projets. Des salons sont actuellement organisés dans les grands centres urbains du pays pour mettre en contact les hommes d’affaires et les porteurs de projet. Mais, le volet formation sur la gestion, les nouvelles technologies de l’information doit être organisée pour équiper davantage les jeunes entrepreneurs à l’heure du numérique. Autant d’atouts qui leur permettront de se défendre sur le marché mondial et de faire connaître les produits congolais.

Dans un pays où l’Etat redéploie son autorité sur l’ensemble du territoire national et à l’heure du découpage des 26 provinces, il y a lieu que des emplois nouveaux soient créés dans tous les services relevant de l’administration publique, à commencer par l’armée, la police, les services de renseignement, la poste.

INSUFFISANCE DES EFFECTIFS

Tous ces services souffrent actuellement de l’insuffisance de leurs effectifs par rapport à la demande sur le terrain et du sous-équipement (aéronefs, véhicules…).
A cela, il faut ajouter le renforcement de la formation tel qu’initié avec les partenaires extérieurs dans le cadre de l’armée et de la police et surtout la création de l’Ecole nationale de l’administration. Les premiers diplômés de cette école (60) pourront être affectés dans les différents ministères en attendant la centaine en voie de recrutement pour une formation similaire.

De un million d’agents à sa charge, l’Etat peut facilement passer à cinq millions dans la perspective de la nouvelle cartographie pour un service de proximité et pour renforcer la sécurité au niveau de neufs frontières qui nous séparent de nos voisins.

Mais, tout cela ne peut bien se faire que selon une politique et une vision de développement partagée à toutes les couches de la population du pays.
Le Congo a besoin de plus de main d’œuvre pour sa reconstruction, mais cela doit se faire pour le bien de tous ses fils et filles condamnés actuellement à se tourner les pouces et à travailler dans l’informel faute d’emploi stable et de longue durée.

MOTA SETI. LVM 165

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